Nathalie Maltais, inf.,M. Sc. | L'infirmière en pédopsychiatrie

Le trouble de personnalité limite: bien intervenir voilà un grand défi

(Cas fictif) Voici l’exemple de Marie 15 ans hospitalisée pour une dépression. Elle doit rester en surveillance constante, car elle a des idées suicidaires omniprésentes. Elle parle souvent avec Jean-Luc son intervenant qu’elle qualifie de « préféré ». Marie se met en colère quand on lui refuse des privilèges1 et tente à tout prix d’obtenir ce qu’elle veut. 

Quelle équipe de soins en milieu général et surtout en santé mentale ne s’est pas retrouvée un jour avec un jeune présentant une problématique semblable? En fait, lorsque je travaillais dans les unités de soins, j’avais tendance à dire une « patiente problématique », mais maintenant que j’ai plus d’expérience, j’appelle cela « une relation de soins qui représente un défi ». Un défi qui demande une solide cohésion d’équipe afin d’éviter les conflits et le clivage entre les intervenants. J’ai souvent éprouvé de la colère et de la frustration à cause du non-respect des règles établies pour un jeune. J’ai souvent remis en question mes décisions cliniques... Quel défi que de traiter efficacement les adolescents présentant des traits de personnalité limite!

Comment reconnaitre un trouble de personnalité limite (Quelques critères diagnostiques du trouble de personnalité limite2 )

Le trouble de personnalité limite est défini comme un mode d’instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de soi et des affects avec une impulsivité marquée qui apparaissent au début de l’âge adulte (qui se développent au cours de l’adolescence) et qui sont présents dans des contextes divers, comme en témoignent au moins cinq des manifestations suivantes :

 

Symptômes affectifs                                         

Symptômes impulsifs                            

Symptômes    interpersonnels                       

Symptômes cognitifs                              

Instabilité affective due à une réactivité marquée de l’humeur.

Répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires, ou d’auto-mutilations.                                 

Efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginés.

Survenue transitoire dans des situations de stress d’une idéation persécutrice ou de symptômes dissociatifs sévères                              

Colère intense et inappropriée ou difficulté à contrôler sa colère.                 

Impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement dommageables pour le sujet (ex. : dépenses, sexualité, toxicomanie, etc).

Perturbation de l’iden-tité : instabilité marquée et persistante de l’image ou de la notion de soi.

Sentiments chroniques de vide.                 

Modes de relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées par l’al-ternance entre des positions extrêmes d’idéalisation excessive et de dévalorisation.

 

Voici quelques conseils pour vous aider à intervenir auprès des patients présentant un trouble de personnalité limite

- Collaborer avec le patient et sa famille.

- Voir la relation thérapeutique comme une opportunité pour responsabiliser le patient face à ses comportements.

- Considérer les valeurs, les préférences, les buts et les décisions du jeune avec un trouble de personnalité limite et les prendre au sérieux.

- Soutenir et encourager le  jeune et sa famille afin de leur transmettre de l’espoir.

- Favoriser « l’empowerment »; offrir aux personnes l’opportunité de donner en retour, afin d’accroitre leur confiance, leur sens des valeurs individuelles et d’identifier les rôles qu'elles aime-raient jouer (Sakheim, & coll., 2010).

- Éviter le clivage. Une communication soutenue au sein de l’équipe de soin est la clé pour y parvenir.

Voici maintenant quelques trucs à partager avec les parents qui vivent avec un jeune présentant un trouble de personnalité limite

- Il est important de ne pas infantiliser le jeune. Il est également essentiel que les attentes et les limites soient claires, constantes, prévisibles et justifiables.

- Il est essentiel de responsabiliser ces jeunes, en les laissant prendre leurs décisions et entreprendre eux-mêmes leurs démarches. On doit les encourager à persévérer dans la poursuite de leurs buts et de leurs objectifs.

- Il faut reconnaitre les compétences (renforcement positif) et les efforts. De plus, il faut les soutenir de façon constante dans leurs activités de la vie quotidienne.

Comment garder notre sang-froid ou comment ne pas se sentir envahi lors d’une situation de crise face à un patient présentant un trouble de personnalité limite?

- en identifiant vos limites personnelles,

- en établissent certaines règles,

-en acceptant que vous puissiez être impuissant à régler les problèmes de l’autre,

- en ayant du soutien de vos collègues.

J'espère vous avoir outillé un peu afin d’intervenir efficacement auprès des jeunes et de leur famille. N’oubliez pas de prendre du recul quand cela devient émotivement trop intense. Un grand merci à Dr Sébastien Collette pour la relecture de ce billet.

À la prochaine!
Nathalie Maltais et Jessica Rassy

Pour plus d’information, voici quelques ressources sur le sujet :

Vidéo:

- L’émission Une pilule une petite granule : le trouble de la personnalité limite, diffusé à Radio-Québec.

- Grande conférence Web réalisée par la Fondation et le Cecom de l'Hôpital Rivière-des-Prairies sur la thérapie comportementale dialectique pour le traitement du trouble de personnalité.

Sites Internet:

- Carrefour TPL: Association québécoise du trouble de personnalité limite

- Institut Victoria 

Livres:

- D’AUTEUIL, Sandra et LAFOND, Caroline. Vivre avec un proche impulsif, intense et instable, Montréal, Bayard Canada, 148 pages, 2006.

- Collectif sous la direction de Robert Labrosse et Claude Leclerc. Trouble de personnalité limite et réadaptation, Tome I . Éditions Ressources.

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[1] Il est important de faire la distinction entre privilège et droit. Dans cette situation, le mot privilège réfère à des avantages de plus que ce qui est prévu au plan de soins. Le terme « droit » réfère à ce qui a été discuté dans ce même plan.

[2] Tableau inspiré des critères du DSM-IV-TR réorganisé selon les dimensions des symptômes, Claude Leclerc, Lévis 2010.

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  • Publié par : Kathleen Bertrand, 1 août 2012 à 16h42

    Wow good job les filles :)

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