Nathalie Maltais, inf.,M. Sc. | L'infirmière en pédopsychiatrie

Recherche infirmière en prévention du suicide

Bonjour chers lecteurs  et lectrices, 

Aujourd’hui s’amorce la Semaine sur la prévention du suicide! C’est une excellente occasion pour parler de mon parcours universitaire et de mon projet de recherche sur les facteurs de risque suicidaire et de protection à évaluer chez les 12 ans et moins. En premier lieu, je tiens à vous souhaiter une très bonne année 2015. Je vous souhaite tout plein de moments de bonheur avec vos proches, car c’est l’essence même d’une bonne santé mentale

Pour ma part, l’année 2015 s’annonce aussi palpitante et exigeante que 2014. Cependant, si tout va bien après mon examen de synthèse qui débute sous peu, je vais changer de statut! En effet, je ne serai plus étudiante au doctorat, mais bien candidate! Je pourrai alors commencer la recherche! Quel marathon intellectuel! En fait, ce parcours doctoral ressemble à une course extrême. Quand je me suis inscrite au doctorat, je me doutais que j’allais travailler fort, mais jamais de façon aussi intense. Mon temps est partagé entre les cours, la rédaction et la correction de mon projet, les demandes de bourses vitales à la poursuite de mes études en plus des communications et des publications à faire pour promouvoir ce projet. Affiches scientifiques, résumés pour des conférences et formulaires à remplir pour le remboursement de frais de toutes sortes ne sont que quelques exemples d’activités à réaliser en parallèle de mes études!

Malgré tout, c’est un pur bonheur! Car apprendre, donner un sens et découvrir demeurent pour moi une source de gratification incomparable. Voilà pourquoi je désire partager avec vous un aperçu de mes lectures sur la suicidalité des jeunes qui est devenue une véritable passion pour moi! Il sera question des facteurs de risque et de protection du suicide à évaluer par les infirmières chez la clientèle des 6 à 12 ans.

Les facteurs de risque
Selon Sarkar et al. (2010), les facteurs de risque qui ont le plus d’influence pour les enfants sont les antécédents familiaux de psychopathologie (37 %) et le fait d’avoir été victime de taxage (16 %). Quant aux adolescents, le facteur de risque le plus important serait la présence de signes d’automutilation. Pour leur part, Orban et Malchair (2010) nuancent l’influence que peut avoir l’environnement familial sur le risque suicidaire selon les circonstances. En effet, si le milieu est soutenant socialement et émotionnellement pour l’enfant, il devient un facteur de protection. Si, au contraire, la cellule familiale est éclatée, que les parents présentent des troubles psychopathologiques et que la communication est déficiente, le milieu familial sera perçu comme un facteur de risque. Certains évènements de la vie constituent aussi des facteurs de risque comme les divorces ou les séparations, le décès d’un proche, les difficultés scolaires ou les conflits avec les pairs (Stordeur, C., 2011; Horowitz et al., 2010; Orban et Malchair, 2010). De plus, une étude rétrospective faite par Berthod (2013) sur 48 enfants âgés de 6 à 12 ans ayant fait des tentatives de suicide mentionne qu’une investigation sur les idées suicidaires devrait être faite systématiquement chez les victimes de maltraitance, de négligence ou de violence sexuelle.

La présence de troubles de santé mentale a sans contredit une incidence sur l’état suicidaire des enfants (Lambin, 2004). En effet, elle augmente le risque de suicide de 35 fois (Cheng & Myers, 2011). Les principales pathologies associées à la tentative de suicide sont l’abus de substances et les troubles de l’humeur. Environ 90 % des jeunes ayant fait une tentative suicidaire présentaient au moins un diagnostic psychiatrique et 10 % de ces jeunes présentaient soit des troubles des conduites, de personnalité ou d’adaptation (Wintersteen et al. 2007). Les idées et les tentatives suicidaires sont souvent associées à d’autres problèmes psychosociaux comme la consommation de drogue, l’échec scolaire et la présence de conflits familiaux (Lambin, 2004). Les articles scientifiques permettent de constater que les idéations suicidaires surviennent à un âge de plus en plus précoce et ont un impact majeur sur la santé mentale tout au long de la vie (Mishara, 1995; Lambin 2004; Cheng & Myers, 2011). En effet, plusieurs études prospectives de grande ampleur indiquent que les tentatives de suicide survenues dans l’enfance seraient un facteur de risque de suicide à l’adolescence ou à l’âge adulte. 

Dans l’étude de Bourdet-Loubere et Raynaud (2013), il est mentionné que la problématique des idéations et tentatives de suicide chez les enfants s’avère être plus alarmante chez les enfants hospitalisés en pédopsychiatrie. De fait, la prévalence d’idéation et de tentatives suicidaires serait de 12 % pour les enfants de 6 à 12 ans qui ne présentent pas de problème de santé mentale, alors que ce taux augmente de 25 à 33 % pour les jeunes qui fréquentent une clinique externe et de 72 à 79 % pour ceux qui sont hospitalisés. Une autre étude d’Asarnow (1992) effectuée auprès de 55 enfants de 6 à 13 ans dans une unité de pédopsychiatrie indique que 17 des 55 enfants avaient des antécédents d’idéation suicidaire et 19 de ces enfants avaient fait au moins une tentative. Plus récemment, une étude de Breton et al. (2012) faite au Québec en pédopsychiatrie, indique que les idées suicidaires sont presque aussi fréquentes chez les enfants (71 %) que chez les adolescents (72 %) et les adolescentes (84 %). Ainsi, la proportion d’enfants déprimés qui ont des idées suicidaires en milieu clinique est loin d’être marginale, ce qui souligne la pertinence de dépister la présence d’idées suicidaires chez les jeunes enfants adressés en pédopsychiatrie. Ces données démontrent l’importance d’évaluer et de soutenir les enfants et leur famille avant qu’ils atteignent l’adolescence et qu’ils aient plus de capacités physiques et cognitives pour mettre à exécution leurs idées suicidaires.

Les facteurs de protection
En contrepartie, il existe également des facteurs de protection qui permettent d’amoindrir l’impact des facteurs de risque. Selon l’Organisation mondiale de la santé (2006), les facteurs de protection du suicide chez les personnes de tout âge sont :
 

Le soutien des membres de la famille, des amis et d’autres relations importantes;

Les croyances religieuses, culturelles et ethniques;

L’engagement communautaire, une vie sociale satisfaisante, l’intégration sociale : l’école dans le cas des enfants, par exemple;

L’accès aux traitements et aux services de santé mentale. 


Ceci est un résumé des principaux facteurs à considérer quand on évalue le risque suicidaire d’un enfant. Ma future recherche s’intéressera à l’ensemble de l’expérience (perceptions et attitudes) des infirmières entourant cette évaluation des plus délicates à effectuer auprès des enfants et de leur famille. 

À bientôt et surtout n’oubliez pas que le suicide n’est pas une option!

Nathalie Maltais, inf., M. Sc.

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Quebec nurses in child and adolescent psychiatry

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